Erevan est bien plus que la capitale de l’Arménie. C’est le point de départ idéal pour explorer un pays où chaque vallée raconte une histoire, où chaque monastère témoigne d’un passé millénaire et où chaque route offre des panoramas d’une beauté saisissante.
L’un des plus grands avantages d’un séjour en Arménie est la proximité de ses sites emblématiques. En quelques dizaines de kilomètres seulement, vous passez d’un temple païen à un monastère médiéval, d’un canyon volcanique à un vignoble ancestral, d’un lac d’altitude à une forêt de montagne.
Au fil de mes quatorze années comme guide-conférencier, j’ai parcouru ces routes des centaines de fois. Pourtant, aucune journée ne ressemble à la précédente. La lumière change, les saisons transforment les paysages, les rencontres avec les habitants apportent toujours une touche d’authenticité et chaque voyageur découvre l’Arménie avec son propre regard.
Les excursions que je vous présente ci-dessous ne sont pas classées uniquement selon leur popularité. Elles représentent les itinéraires que je recommande le plus souvent à mes voyageurs parce qu’elles racontent, chacune à leur manière, une facette essentielle de l’âme arménienne.
1. Garni – Geghard – La Symphonie des Pierres : un voyage aux origines de l’Arménie
Distance depuis Erevan : environ 30 kilomètres
Temps de trajet : 40 à 45 minutes
S’il ne fallait choisir qu’une seule excursion au départ d’Erevan, ce serait probablement celle-ci.
En moins d’une heure, vous découvrez trois sites totalement différents, mais parfaitement complémentaires.
Le voyage commence au Temple de Garni, unique temple gréco-romain conservé dans tout le Caucase. Construit au Ier siècle de notre ère, il témoigne de la période où l’Arménie entretenait des liens étroits avec le monde romain. Face à ses élégantes colonnes, il est facile d’imaginer les cérémonies religieuses qui s’y déroulaient bien avant l’adoption du christianisme.
À quelques kilomètres seulement, le paysage change complètement.
Le monastère de Geghard, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, semble littéralement surgir de la montagne. Une partie de ses chapelles a été creusée directement dans la roche, créant une atmosphère unique où la pierre, la lumière et le silence se mêlent harmonieusement.
Lorsque j’accompagne des familles, je demande souvent aux enfants de fermer les yeux quelques instants à l’intérieur du monastère.
Ils entendent alors le murmure de l’eau qui traverse les cavités naturelles, les chants liturgiques lorsqu’ils résonnent sous les voûtes et comprennent que certains lieux racontent leur histoire sans avoir besoin de paroles.
La journée se poursuit par la spectaculaire Symphonie des Pierres.
Cette immense falaise basaltique, façonnée par une ancienne activité volcanique, ressemble à un gigantesque orgue de pierre. Les visiteurs restent souvent sans voix devant cette œuvre entièrement sculptée par la nature.
Pour moi, cette excursion résume parfaitement l’Arménie : un pays où la nature, l’histoire et la spiritualité coexistent dans un équilibre remarquable.
2. Khor Virap – Noravank – Areni : entre spiritualité, montagnes rouges et traditions viticoles
Distance depuis Erevan : environ 45 à 120 kilomètres selon les étapes
Cette excursion est certainement la plus photographiée d’Arménie.
Dès votre arrivée au monastère de Khor Virap, le regard est immédiatement attiré par le mont Ararat.
Même situé aujourd’hui de l’autre côté de la frontière, il demeure le symbole historique, culturel et spirituel de la nation arménienne. Les jours de beau temps, sa silhouette enneigée domine majestueusement toute la vallée.
C’est également ici que saint Grégoire l’Illuminateur fut emprisonné pendant treize années avant la conversion officielle de l’Arménie au christianisme en 301.
Quelques dizaines de kilomètres plus loin, la route traverse des paysages toujours plus spectaculaires jusqu’au canyon de Noravank.
Les falaises rouges semblent s’embraser sous la lumière du soleil, tandis que le monastère du XIIIᵉ siècle s’intègre parfaitement à cet environnement minéral.
Peu de visiteurs savent que Noravank fut aussi un important centre intellectuel où travailla l’un des plus grands architectes et sculpteurs arméniens : Momik. Ses œuvres témoignent encore aujourd’hui du raffinement artistique de l’Arménie médiévale.
L’excursion se termine généralement dans la région d’Areni.
Réputée pour ses vignobles, elle est également célèbre pour la découverte de l’une des plus anciennes caves viticoles connues au monde, datant de plus de 6 000 ans.
Lorsque le temps le permet, j’aime faire découvrir à mes voyageurs une cave familiale où les traditions viticoles se transmettent de génération en génération. Les dégustations deviennent alors de véritables rencontres avec ceux qui perpétuent un savoir-faire plusieurs fois millénaire.
3. Le lac Sevan et Dilijan : l’eau, la forêt et les montagnes
Distance depuis Erevan : environ 70 kilomètres
Impossible d’imaginer un voyage en Arménie sans découvrir le lac Sevan.
Situé à près de 1 900 mètres d’altitude, il est souvent surnommé « la mer de l’Arménie ». Ses eaux d’un bleu profond contrastent avec les montagnes qui l’entourent et offrent des panoramas magnifiques en toute saison.
Le monastère de Sevanavank domine le lac depuis une presqu’île volcanique. Après quelques marches, la récompense est immédiate : une vue spectaculaire sur l’immensité du Sevan.
Pour les familles, cette étape est souvent l’occasion de faire une pause plus détendue. En été, les enfants profitent des plages, tandis que les adultes dégustent le célèbre poisson du lac dans les restaurants locaux.
L’après-midi conduit généralement vers Dilijan.
Surnommée la « Petite Suisse arménienne », cette région offre un visage totalement différent du reste du pays. Les forêts remplacent les hauts plateaux volcaniques, l’air devient plus frais et les villages se nichent entre les montagnes.
Les ruelles de l’ancien quartier de Dilijan invitent à la promenade. Les ateliers d’artisans, les maisons traditionnelles en bois et les cafés créent une atmosphère paisible qui contraste agréablement avec l’animation de la capitale.
4. Saghmossavank – Ohanavank – Le Parc de l’Alphabet arménien
Distance depuis Erevan : environ 35 kilomètres
Cette excursion est idéale pour ceux qui souhaitent comprendre l’identité culturelle de l’Arménie.
Le monastère de Saghmossavank domine les impressionnantes gorges de la rivière Kasagh. Les falaises offrent un décor spectaculaire où l’architecture médiévale semble suspendue au-dessus du vide.
Quelques kilomètres plus loin, Ohanavank raconte une autre page de l’histoire religieuse du pays.
Mais cette journée ne serait pas complète sans une halte au Parc de l’Alphabet arménien.
Créé pour célébrer les 1 600 ans de l’alphabet inventé par Mesrop Machtots, ce lieu permet de découvrir l’un des plus puissants symboles de l’identité nationale. Chaque lettre monumentale sculptée dans la pierre rappelle combien la langue et l’écriture ont contribué à préserver la culture arménienne à travers les siècles.
Lorsque je guide des familles, les enfants s’amusent souvent à retrouver les lettres de leur prénom transcrites en alphabet arménien. Une manière ludique de découvrir un patrimoine unique.
5. La forteresse d’Amberd et le mont Aragats : l’Arménie des grands espaces
Distance depuis Erevan : environ 50 kilomètres
Pour les amoureux de paysages grandioses, peu d’excursions rivalisent avec celle-ci.
La route grimpe progressivement sur les pentes du mont Aragats, point culminant de l’Arménie culminant à 4 090 mètres.
À plus de 2 300 mètres d’altitude apparaît la forteresse d’Amberd.
Construite entre les VIIᵉ et XIᵉ siècles, elle contrôlait autrefois les principales voies reliant les plaines aux montagnes. Aujourd’hui encore, ses murailles dominent un paysage spectaculaire où les vallées semblent s’étendre à l’infini.
L’été, les alpages se couvrent de fleurs sauvages.
Au printemps, les sommets restent souvent enneigés.
À l’automne, les couleurs deviennent particulièrement photogéniques.
Chaque saison révèle une nouvelle facette de ce site exceptionnel.
Lorsque les conditions météorologiques le permettent, j’aime poursuivre la route jusqu’au lac Kari, perché à plus de 3 200 mètres d’altitude. Le contraste entre les prairies, les roches volcaniques et les neiges éternelles du mont Aragats offre l’un des plus beaux paysages de toute l’Arménie.
Pour beaucoup de mes voyageurs, cette journée représente une découverte inattendue : celle d’une Arménie sauvage, majestueuse et encore largement méconnue, où la nature règne en maître.